{"id":312,"date":"2021-03-22T20:14:39","date_gmt":"2021-03-22T19:14:39","guid":{"rendered":"http:\/\/alexandregaillard.fr\/?p=312"},"modified":"2021-03-22T22:41:23","modified_gmt":"2021-03-22T21:41:23","slug":"haru-yo-koi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.alexandregaillard.fr\/index.php\/2021\/03\/22\/haru-yo-koi\/","title":{"rendered":"Haru Yo Koi"},"content":{"rendered":"\n<p>Bonjour \u00e0 toi, ami lecteur. <\/p>\n\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re que tu as pass\u00e9 une bonne semaine, et que les doux jours du printemps fleurissant \u00e9gayent un peu ton humeur en ces p\u00e9riodes compliqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n\n<p>En chinant un peu sur le web, j\u2019ai retrouv\u00e9 la premi\u00e8re composition litt\u00e9raire du po\u00e8te du XIX\u00e8me si\u00e8cle, Alphonse de Lamartine, \u00e9crite \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans. Une ode au printemps, que je te partage ici, et qui, j\u2019esp\u00e8re, te mettra un peu de baume au c\u0153ur. <\/p>\n\n\n\n\n<p>Bonne lecture, et \u00e0 tr\u00e8s bient\u00f4t&nbsp;! <\/p>\n\n\n\n\n<p>A.G.<\/p>\n\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"520\" height=\"671\" src=\"http:\/\/alexandregaillard.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Image-22-03-2021-12-35-4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-310\" srcset=\"https:\/\/www.alexandregaillard.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Image-22-03-2021-12-35-4.png 520w, https:\/\/www.alexandregaillard.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Image-22-03-2021-12-35-4-232x300.png 232w, https:\/\/www.alexandregaillard.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Image-22-03-2021-12-35-4-46x60.png 46w, https:\/\/www.alexandregaillard.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Image-22-03-2021-12-35-4-300x387.png 300w\" sizes=\"(max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>J&rsquo;ai retrouv\u00e9, il y a peu de temps, cette composition d&rsquo;enfant, \u00e9crite d&rsquo;une \u00e9criture ronde et peu coulante, dans un des tiroirs du secr\u00e9taire en noyer de ma m\u00e8re : mes ma\u00eetres la lui avaient adress\u00e9e pour la faire jouir des progr\u00e8s de son enfant. Je pourrais la copier ici tout enti\u00e8re ; je me contente de l&rsquo;abr\u00e9ger sans y rien changer. J&rsquo;avoue que, si j&rsquo;avais \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire aujourd&rsquo;hui, je la ferais peut-\u00eatre plus magistralement, mais je ne la ferais peut-\u00eatre pas avec plus de sentiment du vrai sous la plume. Voici mon chef-d&rsquo;oeuvre.<\/em><\/p><p><em>\u00abLe coq chante sur le fumier du chemin, au milieu de ses poules qui grattent de leurs pattes la paille, pour y trouver le grain que le fl\u00e9au a oubli\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9pi quand on l&rsquo;a battu dans la grange. Le village s&rsquo;\u00e9veille \u00e0 son chant joyeux. On voit les femmes et les jeunes filles sortir \u00e0 demi v\u00eatues des portes des chaumi\u00e8res, et peigner leurs longs cheveux avec le peigne aux dents de buis qui les lisse comme des \u00e9cheveaux de soie. Elles se penchent sur la margelle du puits pour s&rsquo;y laver les yeux et les joues dans le seau de cuivre, que la corde enroul\u00e9e autour de la poulie criarde \u00e9l\u00e8ve du fond du rocher jusqu&rsquo;\u00e0 leurs mains.<\/em><\/p><p><em>\u00abLe vent atti\u00e9di de mai souffle, semblable \u00e0 l&rsquo;haleine d&rsquo;un enfant qui se r\u00e9veille; il s\u00e8che sur leurs visages et sur leurs cous les m\u00e8ches humides de leurs cheveux. On les voit ensuite se r\u00e9pandre dans leurs petits jardins bord\u00e9s de sureaux, dont la fleur ressemble \u00e0 la neige qui n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e du soleil ; elles y cueillent des girofl\u00e9es qu&rsquo;elles attachent par une \u00e9pingle \u00e0 leurs manches, pour les respirer tout le jour en travaillant.<\/em><\/p><p><em>\u00abLes hirondelles, qui sont revenues depuis peu de jours des pays inconnus o\u00f9 elles ont un second nid pour leurs hivers, n&rsquo;ont pas encore pris leur vol; elles sont rang\u00e9es les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres sur les conduits de fer-blanc qui bordent le toit, afin d&rsquo;y saluer de plus haut le soleil qui va para\u00eetre, ou d&rsquo;y tremper leurs becs dans l&rsquo;eau que la derni\u00e8re pluie y a laiss\u00e9e; on dirait une corniche anim\u00e9e qui fait le tour du toit. Elles ne font entendre qu&rsquo;un imperceptible gazouillement, semblable aux paroles qu&rsquo;on balbutie en r\u00eave, comme si ces charmants oiseaux, qui aiment tant la demeure de l&rsquo;homme, avaient peur de r\u00e9veiller les enfants encore endormis dans la chambre haute.<\/em><\/p><p><em>\u00abEnfin, le soleil \u00e9carte l\u00e0-bas, du c\u00f4t\u00e9 du Mont-Blanc, d&rsquo;\u00e9pais rideaux de brouillards ou de nuages; l&rsquo;astre s&rsquo;en d\u00e9gage peu \u00e0 peu comme un navire en feu qui bondit sur les vagues en les colorant de son incendie; ses premi\u00e8res lueurs, qui le devancent, teignent les hautes collines d&rsquo;une tra\u00een\u00e9e de lumi\u00e8re rose; cette lueur ressemble aux reflets que la gueule du four, o\u00f9 p\u00e9tillent le buis et le sarment enflamm\u00e9s, jette sur les visages des femmes qui font le pain. Elle ne brille pas glaciale comme pendant l&rsquo;hiver sur le givre des pr\u00e9s; elle chauffe la terre, et elle essuie la ros\u00e9e qui fume en s&rsquo;\u00e9levant des brins d&rsquo;herbe et du calice des fleurs dans les jardins. Le caillou que le rayon a touch\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 ti\u00e8de \u00e0 ma main; le vent lui-m\u00eame semble avoir travers\u00e9 l&rsquo;haleine de l&rsquo;aurore du printemps; il souffle sur les collines, comme notre m\u00e8re, quand nous \u00e9tions petits et que nous rentrions tout transis de froid, soufflait sur nos doigts pour les d\u00e9gourdir.<\/em><\/p><p><em>\u00abLe soleil monte de plus en plus; il atteint d\u00e9j\u00e0 la cime du clocher, dont il fait briller la plus haute pierre comme un charbon; la cloche, \u00e9branl\u00e9e par la corde \u00e0 laquelle se suspendent les petits enfants au signal du sonneur, r\u00e9pond \u00e0 ce premier rayon de soleil par un tintement de joie qui fait tressaillir et envoler les colombes et les moineaux de tous les toits.<\/em><\/p><p><em>\u00abLes femmes qui tirent l&rsquo;eau du puits, ou qui la rapportent \u00e0 la maison dans un seau de bois sur leurs t\u00eates, s&rsquo;arr\u00eatent \u00e0 ce son de la cloche; elles courbent leurs fronts en soutenant le vase de leurs deux mains lev\u00e9es, de peur que leur mouvement ne fasse perdre l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 l&rsquo;eau; elles adressent une courte pri\u00e8re au Dieu qui fait lever un jour de printemps. Les murmures, les bruits, les voix du chemin cessent un moment, et \u00e0 travers ce grand silence on entend la nature muette palpiter de reconnaissance et de pi\u00e9t\u00e9 devant son Cr\u00e9ateur.<\/em><\/p><p><em>\u00abMais d\u00e9j\u00e0 les ch\u00e8vres et les moutons, impatients qu&rsquo;on leur rouvre les noires \u00e9tables o\u00f9 on les enferme pendant la neige, b\u00ealent de plus en plus haut pour qu&rsquo;on les ram\u00e8ne \u00e0 leur montagne accoutum\u00e9e. La m\u00e8re de famille descend pr\u00e9cipitamment l&rsquo;escalier raboteux de la chaumi\u00e8re; on entend r\u00e9sonner ses sabots de h\u00eatre ou de noyer sur les marches. Elle l\u00e8ve le loquet de bois de l&rsquo;\u00e9table; elle compte ses agneaux et ses cabris \u00e0 mesure qu&rsquo;ils s&#8217;embarrassent entre ses jambes pour sortir les premiers de leur prison; elle les donne \u00e0 conduire aux enfants.<\/em><\/p><p><em>\u00abLes petits bergers, arm\u00e9s d&rsquo;une branche de houx o\u00f9 pendent encore les feuilles, prennent avec leurs ch\u00e8vres le sentier de rocher qui m\u00e8ne aux montagnes; ils s&rsquo;amusent en montant \u00e0 cueillir les rameaux du buis, que le printemps rend odorants comme la vigne, et \u00e0 cueillir au buisson les fruits verts de cet arbrisseau, qui ressemblent \u00e0 de petites marmites \u00e0 trois pieds, amusement et \u00e9tonnement de leur enfance. Bient\u00f4t on les perd de vue derri\u00e8re les roches, et ils ne reviendront que le soir, quand les ch\u00e8vres et les brebis tra\u00eeneront sur les pierres leurs mamelles gonfl\u00e9es de lait.<\/em><\/p><p><em>\u00abPendant que les troupeaux montent ainsi vers les cimes, on voit briller dans les chaumi\u00e8res, \u00e0 travers les portes ouvertes, la flamme des fagots allum\u00e9s par les femmes pour tremper la soupe du matin \u00e0 leurs maris avant d&rsquo;aller ensemble \u00e0 la vigne. Apr\u00e8s la soupe mang\u00e9e sur la table luisante de noyer, entour\u00e9e de bancs du m\u00eame bois, on voit les vieilles femmes sortir toutes courb\u00e9es par l&rsquo;\u00e2ge et par le travail. Elles se rassemblent et s&rsquo;asseyent sur les troncs d&rsquo;arbres couch\u00e9s le long des chemins, adoss\u00e9s au mur \u00e9chauff\u00e9 par le soleil levant; elles y filent leurs longues quenouilles charg\u00e9es de la laine blanche des agneaux. Ces quenouilles sont entour\u00e9es d&rsquo;une tresse rouge qui serpente autour de la laine. Elles gardent les petits enfants en causant entre elles des printemps d\u2019autrefois.<\/em><\/p><p><em>\u00abLe jeune homme et la jeune femme sortent les derniers de la maison en glissant la clef par la chati\u00e8re sous la porte; l&rsquo;homme tient \u00e0 la main ses lourds outils de travail, le pic, la pioche; sa hache brille sur ses \u00e9paules; la femme porte un long berceau de bois blanc dans lequel dort son nourrisson en \u00e9quilibre sur sa t\u00eate; elle le soutient d&rsquo;une main, et elle conduit de l&rsquo;autre main un enfant qui commence \u00e0 marcher et qui tr\u00e9buche sur les pierres.<\/em><\/p><p><em>\u00abOn les suit de l&rsquo;oeil dans les vignes des coteaux voisins. Ils d\u00e9posent le berceau de l&rsquo;enfant endormi dans une charri\u00e8re (petit sentier creux entre deux champs de vigne), \u00e0 l&rsquo;ombre des feuilles larges, \u00e9tag\u00e9es de noeuds en noeuds, sur les sarments nouveaux de l&rsquo;ann\u00e9e. L&rsquo;homme rejette sa veste; la jeune femme ne garde que sa chemise de toile \u00e9paisse et forte comme le cuir; ils prennent la pioche dans leurs mains h\u00e2l\u00e9es, et on entend r\u00e9sonner partout sur les collines, jusqu&rsquo;au milieu du jour, les coups de la pioche de fer luisant, sur les cailloux qui l&rsquo;\u00e9br\u00e8chent. La chemise de la femme (haletante de peine), se colle sur sa poitrine et sur ses \u00e9paules comme si elle sortait d&rsquo;un bain dans la rivi\u00e8re. Au moindre cri de son nourrisson qui s&rsquo;\u00e9veille, elle court s&rsquo;accroupir aupr\u00e8s du berceau, entr&rsquo;ouvre sa chemise et donne son lait \u00e0 l&rsquo;enfant apr\u00e8s avoir donn\u00e9 sa sueur \u00e0 la vigne.<\/em><\/p><p><em>\u00abQuand le soleil est au milieu du ciel, elle d\u00e9plie un linge blanc qui pr\u00e9serve le pain et le fromage du sable que le vent y jette; elle \u00e9tend sur la tranche de pain noir le blanc laitage \u00e0 moiti\u00e9 durci, entour\u00e9 de la feuille de vigne et sem\u00e9 des grains luisants du sel gris; ils mangent, essouffl\u00e9s, l&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre, comme deux voyageurs lass\u00e9s d&rsquo;une longue marche, au bord du foss\u00e9 de la route, \u00e9changeant \u00e0 peine quelques rares paroles sur les promesses que le printemps fait \u00e0 la vendange.<\/em><\/p><p><em>\u00abAu pied d&rsquo;un cep qui l&rsquo;a distill\u00e9e l&rsquo;automne pr\u00e9c\u00e9dent, une bouteille rafra\u00eechie par l&rsquo;ombre leur verse goutte \u00e0 goutte la force et la joie. Ils s&rsquo;endorment apr\u00e8s sur la terre qui fume de chaleur, la t\u00eate appuy\u00e9e sur leurs bras recourb\u00e9s, et ils repuisent leur vigueur dans les rayons br\u00fblants de ce soleil qui s\u00e8che leur jeune sueur.<\/em><\/p><p><em>\u00abLe soir, on les entend redescendre en chantant de tous les sentiers des collines, et les petits bergers, qui redescendent avec leur troupeau de la montagne, ram\u00e8nent \u00e0 la jeune femme, pour le repas du soir, sa ch\u00e8vre favorite, les cornes enroul\u00e9es de guirlandes de buis.\u00bb<\/em><\/p><p><em>La composition d\u00e9j\u00e0 trop longuement cit\u00e9e se terminait par un hymne au printemps qui gonfle les bourgeons de la vigne, qui promet la grappe, qui distille lentement dans les veines du pampre le vin que l&rsquo;automne r\u00e9pandra en pourpre sous l&rsquo;arbre du pressoir, cette liqueur qui r\u00e9jouit le coeur de l&rsquo;homme jeune et qui fait chanter le vieillard lui-m\u00eame, en ranimant dans sa m\u00e9moire ses printemps pass\u00e9s.<\/em><\/p><p><em>Mais je n&rsquo;en copie pas davantage; ces balbutiements d&rsquo;enfant n&rsquo;ont de charme que pour les m\u00e8res.<\/em><\/p><p><em>Quoi qu\u2019il en soit, cette premi\u00e8re composition litt\u00e9raire \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 une imagination de douze ans, parut aux ma\u00eetres et aux \u00e9l\u00e8ves sup\u00e9rieure au moins, par sa na\u00efvet\u00e9, aux redites classiques de mes condisciples ; on y reconnaissait l\u2019accent, on y entendait le cri du coteau natal sous le soleil aim\u00e9 du pauvre villageois du Midi.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Cours Familier de Litt\u00e9rature (Volume 1)<\/p><p> Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En chinant un peu sur le web, j\u2019ai retrouv\u00e9 la premi\u00e8re composition litt\u00e9raire du po\u00e8te du XIX\u00e8me si\u00e8cle, Alphonse de Lamartine, \u00e9crite \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans. 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